Du petit déjeuner au dîner, le menu est invariable : un brin de perlimpinpin à saupoudrer dans la marmite de la Sécurité Sociale, trois doigts de taurine pour doper la vieille branche vieillesse, et les retraites, et le déficit public…

 

Nous sommes en état d’indigestion chronique – France Inter d’abord au p’tit déj

Nos champions toutes catégories phosphorent, ceux qui pensent, ceux qui se réunissent, ceux qui savent.

Les autres, ils restent à la maison, muets, pendant que leurs maîtres à penser réfléchissent à la quadrature du cercle, eux ils n’appartiennent à aucun cercle sinon à celui mal défini du sans emploi.

Le sans emploi est muet évidemment car un sans emploi trop velléitaire est condamné à rester sans emploi et par la même à passer dans la catégorie supérieure, le sans emploi de longue durée, encore plus vulnérable.

Alors il se tait, il se terre. Il ne faut pas être bruyant, ou suspect, ou vieux ou gros ou moche (voir viadéo) ou étranger ou…

 

Un journaliste péremptoire annonce que le sans emploi manque de qualifications et que tous les efforts vont porter vers la qualification. C’est valorisant d’avoir quelque chose à annoncer tous les matins.

Mon petit collègue a 25 ans et un Master 2 de comptabilité, gestion, parle anglais, est mobile et fréquente pôle emploi depuis 18 mois.

Pourquoi ne pas avouer notre impuissance  à apporter des solutions.

Parmi les populations privées d’emploi, il y a tout un chacun, des gens qualifiés, trop qualifiés ou pas qualifiés.

Ce que nous vivons aujourd’hui ne relève pas de « la faute à pas de chance », tout juste d’une fuite en avant de décideurs honnêtes ou malhonnêtes mais incapables d’enrayer une machine à détruire implacable, vertigineuse, artificielle.

 Nous avons imaginé notre évolution vers un monde plus juste, plus égalitaire. C’était la sortie de la guerre.

Le monde serait merveilleux, les malades seraient soignés, les anciens sereins jusqu’au dernier jour, les enfants iraient à l’école. Et quoi, notre modèle était il si mauvais qu’il faille chaque jour ressasser que l’herbe est bien plus verte ailleurs ?

Avant la crise, nous devions nous imprégner à marche forcée du modèle anglo saxon. Et puis celui-ci a failli et de quelle façon !

Les éminents spécialistes n’ont rien vu venir, juré, craché. Nos élites aiment divertir le peuple.

A notre modeste échelle, cela faisait pourtant plus de dix ans que nous voyions la vague enfler.

Puis nous avons le modèle allemand, extraordinairement consensuel du jour au lendemain. A ceci près qu’ils n’ont pas jugé utile de définir un seuil en dessous duquel la valeur du travail humain devient indécente. A ceci près que le taux de travail féminin est très largement inférieur au nôtre. Une majorité de femmes reste à la maison. Combien sont- elles qui ne pointeront jamais à pôle emploi.

Nous avons fait d’autres choix. Il y a autant de façons de nous penser que de langues à découvrir. Poursuivons chacun nos chemins uniques vers un à venir meilleur juste en nous rappelant ce que nous étions venus chercher pour nos enfants.

On est formidables(vu d’en bas) comme nous le rappelle notre ami StroMae